À la sortie du paisible village de Reumont, en direction de Maurois, une petite construction attire l’œil des promeneurs attentifs : la chapelle Saint-Hubert. Du moins, ce qu’il en reste. Cachée derrière un rideau de végétation qui semble vouloir la faire disparaître à jamais, elle se dresse, fragile et silencieuse, témoin d’un passé oublié. Cette modeste chapelle, aujourd’hui en ruines, se trouve dans un état de délabrement avancé. La nature, indifférente au patrimoine des hommes, y a repris ses droits, recouvrant les murs de lierre et envahissant l’intérieur de mousse et de ronces. L’ensemble donne une impression poignante d’abandon, renforcée par le silence qui entoure les pierres fatiguées.

Chapelle Saint-Hubert de Reumont

Pourtant, cette chapelle a une histoire profondément touchante, née d’un acte de foi et d’une promesse tenue. Construite initialement à proximité de la ferme de Prêmy, elle fut édifiée au début du XIXe siècle grâce à une initiative familiale. En 1825, la ferme appartenait à une certaine dame Agnès Vitaux. Quelques années plus tard, en 1830, son frère fut victime d’une morsure de chien enragé — une affection terrifiante à une époque où les traitements contre la rage étaient encore incertains. Pris de douleurs atroces, et sans doute conscient du peu de chances qu’il avait de survivre, il fit le vœu solennel de faire bâtir une chapelle en l’honneur de Saint Hubert, le saint patron des chasseurs, traditionnellement invoqué contre la rage. Le destin, contre toute attente, lui fut favorable. Guéri, l’homme tint parole et fit ériger une chapelle près de la ferme familiale, en signe de gratitude et de foi.

Mais le destin de cette chapelle ne s’arrêta pas là. À la demande des habitants de Reumont et avec l’accord de la municipalité de Maurois, il fut décidé de déplacer l’édifice vers un endroit plus accessible, à proximité de la Chaussée Brunehaut, cette antique voie romaine qui relie les villages depuis des siècles. Le but était clair : permettre aux voyageurs de passage de pouvoir s’y recueillir plus facilement. Car la chapelle, bien que simple dans son architecture — sans ornement particulier, ni style défini —, jouissait à l’époque d’une réelle vénération populaire. De nombreux passants s’y arrêtaient pour prier, s’agenouillaient sur le gazon à l’entrée et, souvent, déposaient une petite offrande dans le tronc de bois prévu à cet effet.

Chapelle Saint-Hubert de Reumont

La renommée de la chapelle Saint-Hubert dépassait les limites du village. Chaque année, au mois de septembre, une grande procession s’y déroulait. Les habitants de Reumont et des environs se rassemblaient dans une ambiance solennelle pour invoquer la protection du saint contre la rage, fléau redouté à une époque où les chiens errants et les épidémies faisaient encore peur. Cette cérémonie, empreinte de piété et de ferveur, a marqué des générations de fidèles.

Mais les années ont passé, et le temps a fait son œuvre. Aujourd’hui, la chapelle est à l’abandon, rongée par l’humidité et le silence. L’oubli s’est peu à peu installé, malgré l’attachement de certains habitants à ce petit joyau du patrimoine rural. L’année dernière, dans l’espoir de voir renaître ce lieu de mémoire, j’ai rencontré le maire de Reumont pour évoquer son état préoccupant. Malheureusement, sa réponse fut claire : la municipalité ne peut rien entreprendre pour l’instant, car la chapelle est érigée sur un terrain privé. Une situation délicate, qui freine toute tentative de restauration ou de valorisation.

Chapelle Saint-Hubert de Reumont

Et pourtant, cette chapelle mériterait mieux que l’oubli. Elle porte en elle une histoire humaine, faite de douleur, de foi et de promesses tenues. Elle est le symbole d’un passé rural, de croyances simples mais puissantes, d’un temps où l’on construisait des édifices en guise de remerciement au ciel. Aujourd’hui, il est encore temps de sauver ce patrimoine, mais pour combien de temps encore ? Chaque saison grignote un peu plus la structure, et bientôt, peut-être, il ne restera plus rien de cette chapelle, si ce n’est quelques pierres éparses et des souvenirs effacés.

Espérons qu’un jour, une initiative locale ou associative parvienne à redonner à la chapelle Saint-Hubert de Reumont un peu de sa dignité d’antan. Car derrière ses murs croulants, c’est un pan entier de l’histoire locale qui se joue — et qui mérite d’être transmis.