Au cœur battant de la ville du Cateau-Cambrésis, nichée dans le tissu urbain comme un écrin de mémoire, se dresse un édifice dont les pierres murmurent plus d’un siècle d’histoire, de passions et de résilience : la salle Jean-Havrez. Bien plus qu’une simple construction, ce lieu emblématique est le dépositaire silencieux des souffles haletants des athlètes, des rires des enfants, du rythme cadencé des majorettes et de la ferveur indéfectible d’un homme. Son existence, intrinsèquement liée aux soubresauts de l’histoire locale, raconte une saga qui commence à l’aube du XXe siècle, portée par un élan collectif pour le sport et la gymnastique.

Salle Jean-Havrez Le Cateau

Tout commence à la fin du XIXe siècle, une époque où les sociétés de gymnastique, symboles de vitalité et de discipline, connaissent un essor remarquable. Au Cateau-Cambrésis, une société nommée L’Alerte cristallise cet engouement et rencontre un succès si retentissant qu’elle se trouve rapidement à l’étroit. Face à cet enthousiasme populaire, la municipalité prend la décision visionnaire de construire un équipement dédié, un temple dédié à la culture physique et à l’épanouissement corporel. Ainsi, en 1899, la première version de cette salle de gymnastique voit le jour sur un site stratégiquement choisi : le Pont-Fourneau. Cet emplacement n’était pas anodin ; il bénéficiait de la proximité apaisante de la rivière Selle et de la présence historique d’un ancien moulin, inscrivant d’emblée le nouveau bâtiment dans une continuité entre le patrimoine artisanal du passé et les aspirations modernes de la ville. Signe de cette ambition, la construction du gymnase s’accompagne de celle d’un autre équipement moderne et audacieux : la piscine municipale, formant ainsi un premier pôle sportif catésien.

Le destin de ce jeune édifice allait bientôt être bouleversé par la grande Histoire. En mars 1914, une nouvelle ère semblait s’annoncer. Grâce au mécénat de Albert Seydoux, des travaux d’agrandissement étaient entrepris pour répondre à des besoins croissants. Hélas, l’été 1914 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale anéantirent ces projets ambitieux. Les conflits qui déchirèrent la région laissèrent probablement des séquelles sur la construction initiale, contraignant la ville à une renaissance patience et déterminée. La reconstruction s’étala ainsi de 1922 à 1925, donnant naissance à une salle métamorphosée. La façade, notamment, fut repensée : une grande porte surmontée d’une voûte en demi-cintre remplaça les anciens accès, tandis que la pierre fut gravée d’une nouvelle inscription, « salle de gymnastique », effaçant la mention originelle « 1899 – gymnase » comme pour marquer une nouvelle naissance, un nouveau départ après les traumatismes de la guerre.

Salle Jean-Havrez Le Cateau

Mais si les murs portent l’histoire, ce sont les hommes qui lui donnent une âme. Et l’âme de ce lieu s’appelle Jean Havrez (1922-1995). Figure tutélaire et passionnée, son destin semble scellé à celui de la salle dès sa naissance, la même année que le début de sa reconstruction. En 1947, il prend les rênes de l’association, qui avait été rebaptisée La Catésienne, et lui insuffle une énergie nouvelle. Visionnaire, il perçoit l’évolution des loisirs et transforme le club de gymnastique en une troupe de majorettes, animant la ville de leurs défilés colorés et rythmés, et inscrivant ainsi une nouvelle page, joyeuse et dynamique, dans la vie de l’association.

L’attachement profond de Jean Havrez pour ce patrimoine associatif fut symboliquement couronné par un événement extraordinaire survenu en 1974, qui fit le pont entre les époques. Un militaire britannique, ayant participé aux combats de 1914, avait, dans la débâcle et pour le soustraire à l’ennemi, emporté avec lui un précieux trophée : le drapeau de L’Alerte. Cinquante-sept ans plus tard, porté par le devoir de mémoire et le respect, ce vétéran restitua précieusement cet étendard historique à Jean Havrez lui-même. Cet acte, chargé d’une émotion intense, n’était pas qu’un simple retour d’objet ; c’était la reconnaissance de la continuité d’un héritage, une passation de témoin entre les générations, et la preuve que l’esprit de L’Alerte n’avait jamais cessé de souffler entre ces murs.

Salle Jean-Havrez Le Cateau

En hommage à un dévouement qui aura marqué plusieurs décennies de vie associative catésienne, la municipalité a officiellement scellé son nom à celui du lieu qu’il chérissait. Ainsi, en 2001, la salle de gymnastique est devenue la « salle Jean-Havrez ». Cette consécration s’accompagna d’une rénovation de sa façade, lui offrant une nouvelle jeunesse tout en honorant son passé. Aujourd’hui, bien que sa vocation ait une nouvelle fois évolué pour répondre aux besoins contemporains en servant de salle de réception pour les événements familiaux et municipaux, elle n’a rien perdu de son essence. Chaque pierre, chaque poutre, continue de murmurer l’histoire des sportifs d’autrefois, le cliquetis des fanions des majorettes et, par-dessus tout, la passion indéfectible de Jean Havrez, dont l’esprit veille pour l’éternité sur ce pan vivant de la mémoire du Cateau-Cambrésis.