Situées au 23 et 23 bis de la rue du Maréchal-Mortier au Cateau-Cambrésis, les deux maisons patronales de l’ancienne usine Picard témoignent de l’histoire industrielle locale et du prestige de leurs propriétaires. Construites à la fin du XIXe siècle, ces élégantes demeures bourgeoises, parfaitement identiques, étaient destinées aux frères Picard, dirigeants de l’usine de broderie mécanique. Elles encadrent symétriquement l’entrée de l’établissement, installé plus en retrait, et affichent une architecture raffinée qui reflète le statut social de leurs occupants. Leur conception met en avant des éléments décoratifs typiques de l’époque, avec des façades en briques rehaussées de détails sculptés et de grandes fenêtres qui apportaient lumière et élégance aux intérieurs.

Maisons Jumelles au Cateau-Cambrésis

Fondée en 1894, l’usine Picard s’impose rapidement comme la plus importante du Cateau-Cambrésis dans le domaine de la broderie mécanique. Spécialisée dans la production textile de haute qualité, elle emploie principalement une main-d’œuvre féminine, dirigée par la famille Picard selon des méthodes paternalistes qui mêlent encadrement strict et préoccupations sociales. Son savoir-faire s’illustre notamment dans la production de dentelle de Saxe, domaine dans lequel elle occupe le premier rang en France, ainsi que dans la fabrication de tulle fantaisie inspiré du style Alençon. L’usine diversifie également sa production en confectionnant des moustiquaires destinées à l’armée, une activité particulièrement prospère au temps des colonies, répondant ainsi aux besoins des expéditions militaires et administratives dans des régions à climat tropical. En outre, elle innove en étant l’une des premières à produire des bas en soie naturelle, un produit de luxe prisé à cette époque. À la fin du XIXe siècle, l’entreprise fonctionne avec vingt et une machines et emploie environ 140 ouvrières, qui s’affairent dans des ateliers où le bruit des métiers à broder résonne en continu.

Les Maisons Picard Le Cateau-Cambrésis

Personnalité locale influente et figure marquante de la vie politique et industrielle du Cateau, Émile Picard, alors premier adjoint au maire, assure l’intérim de la mairie durant la Première Guerre mondiale en raison de la mobilisation du maire en exercice. Son rôle ne se limite pas à l’administration municipale : il veille également au maintien d’une activité industrielle dans un contexte troublé. Comme de nombreuses usines catésiennes, l’usine Picard subit d’importants dommages durant le conflit de 1914-1918. Les bâtiments sont en grande partie détruits, mettant un coup d’arrêt brutal à la production. Malgré une reconstruction dans les années qui suivent, l’entreprise ne retrouve jamais son dynamisme d’antan. La concurrence accrue et les mutations du marché textile précipitent son déclin, et après des années de difficultés, elle ferme définitivement ses portes en 1953-1954, marquant la fin d’une époque prospère pour l’industrie locale.

Aujourd’hui, ces deux maisons jumelles demeurent un témoignage précieux du passé industriel du Cateau-Cambrésis. Elles rappellent l’essor et le déclin d’une manufacture qui fut un temps au cœur de l’économie locale, ainsi que l’importance de l’industrie textile dans le développement de la région. Leur architecture préservée et leur emplacement stratégique à l’entrée de l’ancienne usine en font des vestiges emblématiques de cette époque révolue, où le Cateau vibrait au rythme des machines et de l’activité manufacturière florissante.