Au cœur de la forêt de Bois l’Évêque, dans le Cambrésis, se niche un lieu empreint d’histoire et de mystère : la chapelle Notre-Dame de Bon-Secours, plus connue sous le nom de chapelle de l’Ermitage ou chapelle du Bois. Adjacente à une fontaine dont l’eau est réputée miraculeuse, cette chapelle est un témoin précieux d’un culte ancestral qui perdure encore aujourd’hui. Non loin de là, la maison forestière de Wilfred Owen rappelle la mémoire du poète britannique tombé en 1918.

La chapelle de l’Ermitage à Ors

Un sanctuaire aux origines anciennes

Mentionnée dès 1548 dans un document officiel, la chapelle est liée à un ancien monastère qui se dressait autrefois au sud-ouest du site. Ce dernier fut détruit à la Révolution française et ses vestiges disparurent complètement lors de la Première Guerre mondiale. La chapelle elle-même a failli subir le même sort, mais sa reconstruction au début du XXe siècle témoigne de l’attachement profond des fidèles à ce lieu de prière.

Sa situation en pleine forêt, son lien avec une eau considérée comme thérapeutique, ainsi que la présence d’ex-voto et de célébrations nocturnes rappellent des rites bien plus anciens. Dès le haut Moyen Âge, l’Église intégra ces traditions païennes en leur donnant une dimension chrétienne. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que la chapelle fut officiellement consacrée à Notre-Dame de Bon-Secours. Les statues et ornements ayant disparu avec la destruction du sanctuaire, la vénération des saints autrefois omniprésents s’effaça peu à peu, laissant place à un culte unique dédié à la Vierge. Cette transition pourrait évoquer une survivance de pratiques polythéistes issues des cultures gauloises et romaines.

Un lieu de foi et de traditions populaires

Autrefois, l’autel était entouré d’un véritable panthéon de saints intercesseurs. Chaque fidèle trouvait une figure à invoquer selon ses besoins : Saint Ghislain pour les convulsions infantiles, Saint Antoine pour les maladies du bétail, Saint Laurent pour les brûlures, Sainte Renelde pour les plaies persistantes et les affections oculaires, Saint Sylvestre pour les vaches paralysées, Sainte Apolline pour les maux de dents, Saint Druon pour les hernies, et bien sûr Notre-Dame de Bon-Secours pour toute sorte d’épreuves et de souffrances. Sainte Philomène était sollicitée pour la protection des jeunes enfants et des mères, tandis que Saint Etton veillait sur le bétail. Une messe en son honneur est encore célébrée chaque jeudi de l’Ascension à Dompierre-sur-Helpe, avec bénédiction des baguettes et de la fontaine guérisseuse.

Fontaine miraculeuse dans la Forêt de Bois l’Évêque à Ors

Saint Marcou, dont les reliques sont conservées à Corbeny près de Laon, mérite une mention spéciale. Les rois de France se rendaient en pèlerinage à son tombeau pour acquérir le pouvoir de guérir les écrouelles, une vertu que l’on attribuait aussi à l’eau de la fontaine de l’Ermitage.

Les fidèles déposaient autour de la chapelle des ex-voto en témoignage de leurs prières : morceaux de linge, cannes, béquilles, statuettes en bois, plâtre ou métal, représentant les parties du corps malade.

Des rites gravés dans la mémoire et les murs

Une monographie de 1899 décrit avec précision les pratiques entourant la chapelle et sa fontaine. L’une des coutumes les plus marquantes consistait à inscrire son nom ou un vœu sur les murs blanchis à la chaux du sanctuaire. Une fois saturés d’écritures, ces murs étaient repeints, permettant ainsi à de nouveaux messages d’être inscrits. Cette tradition, courante dans les sanctuaires religieux, était ici pleinement intégrée au rituel de dévotion.

Une autre particularité de ce lieu résidait dans les rassemblements nocturnes précédant certaines fêtes religieuses. La veille de l’Ascension et de l’Assomption, ainsi que le jour de l’an à minuit, des pèlerins venaient se recueillir avant d’assister aux messes matinales en plein air. Aujourd’hui, une messe continue d’être célébrée chaque 15 août en ce lieu chargé d’histoire.

La fontaine de l’Ermitage et ses vertus guérisseuses

Indissociable de la chapelle, la fontaine de l’Ermitage est à l’origine même du culte qui entoure le site. Son eau était réputée pour guérir les maladies de peau et d’autres affections. Lors des neuvaines, les pèlerins accomplissaient trois tours de la chapelle en récitant cinq « Pater » et cinq « Ave », avant de se rendre à la fontaine aménagée en deux bassins. L’un, plus profond, servait à l’immersion des fidèles, tandis que le second permettait de recueillir de l’eau à emporter aux malades. Ce type de rituel est rare dans la région.

Aujourd’hui, la fontaine de l’Ermitage est de moins en moins fréquentée pour ses vertus thérapeutiques, contrairement à celle de Saint-Etton à Dompierre-sur-Helpe, dont l’eau continue d’être bénie après la messe annuelle.

Pour y aller

La chapelle de l’Ermitage est accessible librement. Pour s’y rendre, empruntez la D959, entre Le Cateau et Landrecies, puis suivez un petit chemin forestier signalé par un panneau, en face de l’estaminet l’Ermitage. Quelques places de stationnement sont disponibles, mais il est recommandé de se garer à la maison forestière Wilfred Owen et de continuer à pied en suivant le sentier de randonnée. Attention, l’accès à la chapelle et à la fontaine, bien que pittoresque, peut être difficile pour les personnes à mobilité réduite, surtout par temps de pluie.

La chapelle de l’Ermitage et sa fontaine guérisseuse offrent ainsi un voyage à travers le temps, mêlant histoire, spiritualité et légendes, dans un cadre naturel préservé. Un lieu à découvrir pour ceux qui cherchent à s’immerger dans le patrimoine culturel et religieux du Cambrésis.