Construite à la fin du 19ᵉ siècle, la Salle des Fêtes du Cateau-Cambrésis incarne une époque prospère pour la ville, marquée par l’édification de nombreux bâtiments remarquables. En janvier 1895, le Conseil Municipal exprime le souhait de doter la commune d’une salle des fêtes « solide, commode et bien agencée ». Bien qu’un théâtre existait déjà rue Jules Hallette (exploité depuis 1850 par M. Brunlet), celui-ci, tout comme la Salle Charlet (rue des Remparts), s’avérait trop exigu et vétuste.

Le terrain de la Place Verte est finalement choisi pour accueillir le nouvel édifice, avec l’assurance erronée que le sol, jugé très stable, ne nécessiterait que des fondations simples. Le projet initial prévoit un budget de 70 000 francs pour une salle spacieuse, entourée de tribunes, capable d’accueillir jusqu’à 1 000 personnes pour des banquets, bals, spectacles et expositions. Un concours d’architectes est lancé, mais les devis dépassent largement les prévisions, avoisinant les 100 000 francs. C’est finalement M. Chérier de Saint-Quentin qui propose un projet à 80 000 francs, validé par le Conseil en février 1896.
Malgré la date de 1897 gravée sur sa façade, la Salle des Fêtes n’est définitivement achevée qu’en février 1899, après l’installation de l’éclairage, du mobilier et des décors scéniques. Les travaux connaissent des complications imprévues : les fondations, initialement prévues à 4 mètres de profondeur, doivent être creusées jusqu’à 8 mètres en raison de la nature instable du terrain (ancien fossé des remparts et cimetière médiéval). De plus, les choix architecturaux se révèlent plus ambitieux que prévu : plancher en chêne plutôt qu’en sapin, escalier d’honneur, cave et décorations soignées, nécessitant un supplément de 15 000 francs.

La Place Verte perd alors son caractère bucolique : les marronniers, tilleuls et le kiosque qui l’ornaient disparaissent pour laisser place au nouveau bâtiment. En 1904, sous l’impulsion du maire Ulysse Claisse, la Salle des Fêtes est rebaptisée « Maison du Peuple », et les inscriptions « Tragédie et Comédie » sont remplacées par « Liberté et Raison », tandis que la façade arbore la devise « Paix, Travail, Justice, Progrès ». Ce changement est de courte durée : dès 1907, après la chute de Claisse, les inscriptions d’origine sont rétablies.
Pendant la Première Guerre mondiale, la Salle des Fêtes est réquisitionnée par l’armée allemande et transformée en abattoir et fabrique de charcuterie, utilisant même les baignoires en fonte de l’usine Dupont. Endommagée par les bombardements d’octobre 1918, elle est restaurée dans les années 1920, avec l’ajout d’un escalier de secours et d’un garde-corps en fer.
Au fil des décennies, la Salle des Fêtes a été le témoin des grands événements de la vie catésienne, des heures sombres aux célébrations joyeuses, méritant pleinement son titre de « Maison du Peuple ». Après des rénovations extérieures en 1995 et 1998, sa réhabilitation intérieure récente met en lumière son exceptionnelle qualité architecturale, perpétuant ainsi son héritage historique et culturel.
Aujourd’hui, ce lieu emblématique continue de rassembler les habitants du Cateau-Cambrésis, incarnant à la fois la mémoire collective et la vitalité de la ville.
