L’ancien moulin de Forest-en-Cambrésis, situé sur les rives du ruisseau de Richemont, est un témoignage précieux de l’histoire locale et de l’évolution économique de cette région du Nord de la France. Ce petit cours d’eau, long de 5,6 kilomètres, prend sa source à Bazuel et serpente paisiblement avant de se jeter dans la Selle à Montay, près du moulin du Tordoir. Le moulin de Forest-en-Cambrésis, qui a fonctionné pendant un siècle, de 1820 à 1920, a joué un rôle central dans la vie du village, marquant de son empreinte le paysage et l’économie locale.

L’histoire de ce moulin remonte à 1808, lorsque Pierre Joseph Henry, un maître meunier et propriétaire d’un moulin à vent à Forest-en-Cambrésis, sollicita l’autorisation de construire un moulin à eau. Cependant, ce n’est qu’en 1818, après un échange de terrain, que le projet put enfin voir le jour. En 1824, le moulin était exploité par Jean Baptiste Morcrette, locataire des lieux, tandis que le bâtiment appartenait à Louis Vérin, un marchand brasseur du Cateau, qui en avait fait l’acquisition en 1823. À cette époque, le moulin était équipé d’une roue à pots de 2,30 mètres de diamètre et de deux paires de meules, permettant de moudre le grain avec efficacité. Trois vannes régulaient le débit d’eau, bien qu’un quatrième dispositif et un déversoir, prévus par une ordonnance royale de 1825, n’aient pas encore été installés.
Dans les années 1830, le notaire Bricout, originaire du Cateau, devint propriétaire du moulin, tandis que Jean Baptiste Tasbille en assurait la gestion quotidienne. En 1840, la veuve d’Aimable Vinchon acquit le bâtiment, avant de le revendre en 1852 à Caroline Louise Desicy, veuve Ghisbreths, résidant à Landrecies. Ces changements de propriété reflètent l’importance économique du moulin, qui attirait l’intérêt de diverses personnalités locales.

À partir de 1860, le moulin passa entre les mains de la famille Legrand, qui en assura l’exploitation pendant plusieurs décennies. Jules Legrand prit d’abord les rênes de l’activité, avant de les transmettre à son fils Eugène à partir de 1890. Cependant, l’histoire du moulin prit un tournant tragique avec les dommages subis pendant la Première Guerre mondiale. Ces destructions mirent un terme à l’activité de meunerie en 1920, marquant la fin d’un siècle d’exploitation. Bien que le moulin ait été reconstruit par la suite, il ne retrouva jamais sa fonction d’origine. Transformé en habitation privée, il ne conserve aujourd’hui que quelques traces discrètes de son ancienne activité, témoins silencieux de son riche passé.
Aujourd’hui, le moulin de Forest-en-Cambrésis, propriété privée fermée au public, reste un vestige émouvant du paysage industriel local. Il incarne à la fois l’histoire et l’évolution de la région, rappelant une époque où les moulins à eau jouaient un rôle essentiel dans la vie économique et sociale des villages. Bien que son activité ait cessé il y a plus d’un siècle, ce moulin continue de symboliser le patrimoine et la mémoire collective de Forest-en-Cambrésis, offrant un lien tangible avec le passé et les générations qui ont façonné cette terre.
